Skate Story
Plate-forme : Nintendo Switch 2
Date de sortie : 08 Décembre 2025
Résumé | Test Complet | Images
Editeur :
Développeur :
Genre :
Action
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Redaction


8/10

Patinez à toute vitesse pour anéantir de vicieux démons , aidez une grenouille amnésique et sauvez d'autres âmes tourmentées ...

Un jeu de skate original.

Skate Story s'ouvre sur un postulat qui sonne comme une blague racontée à trois heures du matin, le genre qui fonctionne précisément parce que personne ne cherche à la normaliser : nous sommes un démon des Enfers, fait de verre et de douleur, et le Diable nous tend un skateboard, nous proposant un marché en apparence simple. Nous devons skater jusqu'à la lune et l'avaler, et en échange, nous gagnerons la liberté, comme si l'émancipation était un acte physique, un poids dans l'estomac capable de nous entraîner plus profondément, ou peut-être plus près de notre véritable nature. Cette idée, déjà puissante en elle-même, est soutenue par un ton qui oscille entre l'enfer et la poésie, entre l'ironie et l'angoisse, sans jamais demander la permission. Ce qui nous a frappés, c'est la manière dont le récit choisit de ne pas « trop expliquer », préférant nous laisser expérimenter la logique du lieu : l' Underworld ne semble pas conçu pour être appréhendé à travers les catégories de notre monde, mais pour être traversé et accepté. La rencontre de personnages étranges et mémorables fait partie intégrante du voyage, et l'effet est celui d'une galerie de symboles : compagnons de voyage, présences bizarres, créatures qui sont là pour nous faire réfléchir à la fragilité, à la persévérance et à notre dépendance à la lumière (et aux ténèbres), plutôt que pour cocher une liste de quêtes. Même lorsque certains dialogues peuvent paraître délibérément provocateurs ou recherchés, le jeu défend son identité et nous fait nous sentir petits, vulnérables et, en même temps, obstinés.
 
En termes de rythme narratif , Skate Story se comporte comme un album concept : il ne progresse pas toujours avec l'urgence d'une intrigue traditionnelle, préférant plutôt construire une atmosphère et une direction, avec des moments qui semblent conçus pour s'installer. Ce choix donne de la force au voyage et rend cohérente l'obsession de la mission (atteindre la lune, l'engloutir, aller au-delà), mais il peut aussi nous faire percevoir quelques longueurs, comme si le jeu voulait se maintenir dans sa propre tonalité alors même que nous sommes impatients d'accélérer. Il en résulte une histoire qui nous marque davantage par ses images et ses sensations que par une succession de rebondissements, et c'est très bien ainsi : ici, « ce qui arrive » importe moins que « l'impact que cela a sur nous ». Avant d'aborder le gameplay, nous tenons à vous rappeler que Skate Story est localisé en français.

Un spectacle sur planche.

Côté maniabilité, Skate Story ne cherche pas à imiter l'hyperactivité de Tony Hawk : il privilégie une physicalité plus réaliste, avec une sensation moins arcade et plus simulation, tout en conservant une approche pédagogique qui nous guide figure après figure sans nous submerger d'emblée. La progression des mouvements est bien dosée et, au fil du temps, on enchaîne des figures de plus en plus fluides et précises, comme si le jeu voulait nous faire gagner une confiance absolue sur notre planche, qui est, après tout, notre seul véritable bien. Cette progression est l'un des grands atouts du jeu, car elle transforme l'apprentissage en un récit parallèle : on progresse tandis que le monde devient plus absurde. L'essence même du jeu réside dans la manière dont il relie figures et progression : il ne s'agit pas simplement de « marquer des points », mais de débloquer littéralement l'étape suivante grâce à des tests, des défis et des requêtes qui nous poussent à maîtriser le timing, les trajectoires, la gestion de l'espace et la vitesse. Le concept de « combo » (un geste qui rapporte des points) est également très réussi et se transforme en attaque, une sorte de coup final qui convertit le style en efficacité lors des battles. Ce système fonctionne car il nous oblige à skater avec précision non par vanité, mais pour survivre et progresser. Lorsque la ligne est parfaite, on ressent vraiment ce petit déclic mental. Mais tout n'est pas aussi peaufiné que la direction artistique le laisse croire : l'angle de caméra bas et légèrement décentré peut rendre la visée des rails et des prises plus difficile, surtout dans les passages étroits, et au début, la maniabilité peut sembler imprécise, comme si l'on guidait un corps fragile sur un terrain accidenté. À cela s'ajoutent quelques frictions structurelles : devoir rejouer des segments après avoir raté un objectif de quelques secondes peut être agaçant, et parfois, l'indication de la marche à suivre n'est pas immédiatement claire, même si un système d'indices est souvent présent pour vous remettre sur la bonne voie. Ce sont des détails qui ne gâchent pas l'expérience, mais ils rappellent que Skate Story est une œuvre d'auteur qui accepte certaines imperfections pour ne pas perdre son essence .
 
La direction artistique de Skate Story nous a  immédiatement captivés, et il faut bien l'avouer, difficile de ne pas être émerveillé par la façon dont le protagoniste prismatique reflète et réfracte l'Underworld, avant de se briser avec une physique convaincante lorsqu'on le percute. L'imagerie « infernale » est loin du catalogue habituel de flammes et de chaînes : elle est plus crasseuse, plus abstraite, plus psychédélique, avec des filtres et des vibrations visuelles qui transforment chaque zone en un fragment de cauchemar lucide. Ce style comporte toutefois un risque : précisément parce qu'il accentue les distorsions, les oscillations et les effets de « signal brouillé », il peut s'avérer pénible pour les personnes sujettes au mal des transports, et modifier les options ne suffit pas toujours à éliminer l'inconfort.  Sur le plan technique , l'impression générale est celle d'un jeu ambitieux qui atteint souvent ses objectifs, mais qui n'est pas exempt de défauts : des problèmes de collision et des comportements inhabituels ont été signalés dans certaines situations, même à des moments clés. Cette fragilité technique, dans un titre où nous sommes nous-mêmes « faits de verre », semble presque cohérente avec le thème ( ce n'est pas une excuse, mais une heureuse coïncidence ). Par ailleurs, la construction des niveaux et leur « géométrie » surprennent souvent, jouant avec des espaces et des passages qui semblent obéir à des règles différentes des nôtres, et nous poussant à réfléchir en mouvement. L'audio est un élément fondamental : le voyage est accompagné d'une bande-son psychédélique signée Blood Cultures , avec des morceaux additionnels de John Fio , et ce choix musical confère une identité immédiate à chaque glissade, chaque chute et chaque redémarrage. Le gameplay ne « danse » pas toujours en parfaite synchronisation avec la musique comme dans certains titres construits autour du rythme, mais l'atmosphère qui en résulte est néanmoins très forte et parvient à transformer de nombreuses sections en une sorte de transe contrôlée. Le résultat est un son qui ne se contente pas d'accompagner : il lie esthétique et sensations et rend crédible l'idée que, ici, le skateboard est une prière profane.

VERDICT

-

Skate Story nous laisse cette rare impression d'avoir joué à un jeu qui ne cherchait pas à plaire à tout prix, mais qui aspirait à être pleinement lui-même : un voyage initiatique, empreint de persévérance et de fragilité, où chaque mouvement parfaitement exécuté est un petit acte de foi en la force du geste. On en ressort avec un gameplay hypnotique une fois le rythme trouvé, une dimension artistique marquante et une bande-son qui soutient l'ensemble du parcours comme une colonne vertébrale émotionnelle.

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