Scénario : André Taymans
Dessin : Elisabetta Barletta
Il y a vingt ans, la secte des Adeptes de la Lune s'est suicidée collectivement dans les montagnes Rocheuses. Aujourd'hui, un corps est retrouvé dans les bureaux de l'employeur de Caroline Baldwin : celui du gourou Karl Siegler, qui aurait été brûlé vif à l'époque. La demi-sœur de Caro, Vanina – alias Miss Tattoo – mène l'enquête, laissant derrière elle une piste sanglante qui remonte jusqu'aux plus hautes sphères du pouvoir. Tandis que l'agent Scott poursuit ses activités dans l'ombre, l'inspecteur Philips, le shérif Wood et Miss Tattoo continuent leur enquête sur les origines du complot. Mais l'autre camp n'est pas inactif non plus et lance une nouvelle équipe d'assassins à leurs trousses.
Après que le premier tome ait présenté les différentes factions de ce thriller politique et révélé progressivement l'ampleur du complot, les scènes de ce second et dernier tome s'articulent essentiellement autour d'un thème central : comment nos amis peuvent-ils échapper au danger que représentent les différentes équipes d'assassins lancées à leur poursuite pour éliminer les témoins indésirables ? Cependant, c'est là que Taymans commence à s'égarer. Son intrigue, qui reposait initialement sur l'inclusion plus ou moins flagrante de personnalités connues (Trump) et le recyclage d'événements réels du passé (le massacre de Jonestown en Guyane), s'enlise désormais dans des platitudes éculées du genre policier, et qui, de ce fait, semblent parfois décousues. Un sénateur qui passe ses journées avec des jeunes femmes nues au bord de la piscine, des agents secrets incompétents, de mystérieux chefs de triades présentés comme des sauveurs en détresse, un agent du FBI apparemment renégat, et enfin, le mythe tenace des services de police américains qui, soi-disant, ne communiquent pas entre eux et ne partagent jamais d'informations. Tout cela aurait pu être étoffé avec des éléments plus subtils ; l’intrigue aurait alors gagné en cohérence. L'enthousiasme pour la première partie du récit a été considérablement refroidi par ce tome. Si l’utilisation de l’alter ego de Donald Trump comme conspirateur nous a d’abord surpris, car on ne s’attendait pas à de telles références politiques de la part de Taymans, nous trouvons la représentation médiatique actuelle de Trump comme un imbécile ridicule bien trop superficielle pour que l'on puisse en rire longtemps.
Il en va de même pour le personnage principal, Miss Tattoo. L'indécision d'André Taymans quant à la suite à donner à sa série phare (d'abord un final et une adaptation cinématographique, puis une suite en bande dessinée, puis un autre final surprenant, et maintenant une suite avec un personnage principal différent) plane, pour ainsi dire, sur Miss Tattoo. Elle manque cruellement de cohérence ; si l'on apprend beaucoup de choses à son sujet, les éléments restent des fragments disparates qui ne s'assemblent pas : d'un côté, c'est la dure maquerelle de Bangkok, couverte de tatouages, adoptée par un Asiatique qu'elle ne reconnaît pas comme un mafieux ; de l'autre, elle apparaît comme un simple bruit de fond, telle une blonde écervelée à qui l'on ordonne de se mettre à couvert pendant une fusillade et de s'enfuir. Sérieusement ? Malgré tous les détails, l'histoire reste fade précisément parce que ses différentes facettes ne s'accordent pas. Dommage. Peut-être que la suite apportera des éclaircissements ; il est certain que certaines choses pourront être éclaircies dans les prochains épisodes. Concernant les histoires suivantes : il semble que la série soit généralement prévue en doubles volumes, à l’instar de Largo Winch ou IR$. L’avenir nous dira si cela se confirme et si Taymans aura d’autres idées d’intrigues si complexes qu’elles nécessitent deux volumes. Même dans ce volume, certaines scènes sont déjà considérablement étirées. Et comme il n’y a jamais eu de véritable raison pour que Miss Tattoo vienne au Canada et aux États-Unis, si ce n’est par curiosité de voir la maison que Caroline lui a léguée, on peut supposer que l’intrigue se déplacera bientôt en Asie. Il nous faudra attendre pour voir ce qui s’y passera également.
VERDICT
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Cette mini-série en deux parties, qui relate un complot entourant l'élection présidentielle américaine, offre une conclusion en demi-teinte. Entièrement fictive, et assez inhabituelle pour André Taymans, l'histoire, bien qu'inspirée de personnages et d'événements réels, enchaîne trop de clichés pour créer une intrigue totalement convaincante. Les scènes prises individuellement sont palpitantes et, si l'on ne s'attarde pas trop sur l'ensemble, elles se révèlent divertissantes ; mais dans l'ensemble, l'ensemble manque de relief et de crédibilité. C'est d'autant plus dommage que, dans la lignée de son prédécesseur à succès, « Caroline Baldwin », la série recèle un fort potentiel. Malgré un potentiel d'amélioration certain, ce thriller politique peut se révéler divertissant, mais il convient de modérer ses attentes quant à son contenu.