Réalisé par Clint Eastwood
- American Sniper (2014)
Dans l'Amérique pré-11 septembre, Chris Kyle (Bradley Cooper), Texan pur souche, décide de donner du sens à sa vie et s'engage dans l'armée pour défendre son pays d'un nouvel ennemi. Sa précision chirurgicale fait de lui l'un des tireurs d'élite les plus célèbres des Navy SEAL, sauvant de nombreux camarades d'une mort certaine. Tandis que les médias relatent ses exploits, il décroche le surnom de "La Légende", mais sa tête est également mise à prix et il devient une cible privilégiée des insurgés irakiens. Mais loin de la guerre, Chris Kyle a eu une femme, deux enfants, et une existence qui n’a pas survécu à son patriotisme. Il est en effet incapable de retrouver une vie normale ...
Un film de guerre de facture sobre et efficace, dirigé de main de Républicain par un Eastwood patriote, appliqué à rendre hommage à la « Légende », surnom donné à Chris Kyle, un sniper américain à l’efficacité redoutable, devenu une icône vivante dans les rangs des GI pendant la guerre en Irak. Le film alterne, sans trop lisser ses transitions, les séquences de guerre et les moments de retrouvailles en famille, marquées par un conflit intérieur croissant du personnage central, tiraillé entre résonance du devoir militaire et responsabilités familiales. Si les scènes intimes relèvent en définitive d’un classicisme assez convenu, celles illustrant le conflit sur le sol irakien sont en revanche très illustratrices de la dureté crue d’une guerre enlisée, où la peur est dans chaque maison, le doute dans chaque visage, et la tension de tous les instants. En accompagnant le quotidien de ces soldats engagés dans un conflit hanté de peur et de poussière face à un ennemi flouté, Eastwood livre presque un documentaire sur la manière méthodique dont la guerre détruit psychologiquement ceux qu’elle engage. Il est juste dommage qu’il oublie en même temps de rendre compte de la réalité polymorphe du conflit irakien, en optant d’emblée pour une vision patriotique de son sujet, là il aurait sans doute été plus avisé de produire un reflet un peu plus nuancé d'une guerre qui ne se résume pas à la seule image des héroïques soldats GI opposés aux barbares al-quaidistes. Mais on ne changera plus Eastwood. Un bon moment de cinéma néanmoins, malgré l’abord un peu trop unilatéral et lissé de son sujet.
- Sully (2016)
Le 15 janvier 2009, l'incroyable se produit : un avion qui vient de subir une terrible avarie réussit à se poser sans encombre sur les eaux glacées du fleuve Hudson, au large de Manhattan. Bilan : les 155 passagers ont la vie sauve ! Un exploit hors du commun accompli par le commandant "Sully" Sullenberger (Tom Hanks), bientôt relayé par les médias et l'opinion publique. Partout dans le pays, la presse s'empare du "miracle sur l'Hudson". Et pourtant, alors même que le pilote est salué comme un héros, une enquête est diligentée qui menace sa réputation et sa carrière.
L'amerrissage du vol de US Airways a été correctement documenté par les médias américains. Tous savent comment le drame s'est positivement résolu. Cela dit, l'histoire telle qu'elle a été vécue de l'intérieur n'avait jamais été vraiment racontée. C'est ce à quoi s'est frotté Clint Eastwood dans cette majestueuse production. Il aurait été simple d'asphyxier le récit en nous présentant de manière un peu trop linéaire la trame des événements. Mais Eastwood s'y prend admirablement bien et nous fait vivre les événements par segments avec des retours en arrière bien calibrés nous amenant à suivre psychologiquement l'angoisse, voire l'enfer qu'ont pu vivre Sully et son copilote Skiles dans les jours qui ont suivi l'amerrissage. Peu de flafla, juste une réalisation soignée qui nous fait comprendre à quel point un homme jusque là inconnu, porté au rang de vedette, a pu se sentir incroyablement seul. Le seul bémol est le rôle peu flatteur qu'on fait jouer au NTSB qui dans ce film, est à la recherche d'un coupable, coûte que coûte. Ce n'est pas le rôle du Bureau de la sécurité des transports et on peut comprendre leur réaction négative lorsque le film est sorti en salles.
- Juré N°2 (2024)
Allison « Ally » Crewson ( Zoey Deutch ) attendra bientôt un enfant après une fausse couche douloureuse. Son mari, Justin Kemp ( Nicholas Hoult ), refuse catégoriquement d'être appelé à siéger comme juré. Mais ses protestations sont vaines ; il n'a pas le choix. L'affaire semble simple : James Michael Sythe ( Gabriel Basso ), connu pour sa violence, aurait tué sa petite amie, Kendall Carter, après une dispute sous l'emprise de l'alcool. Du moins, tout semble l'indiquer. Pourtant, en écoutant le récit des faits, Justin réalise avec horreur qu'il pourrait être le meurtrier. Après tout, il a eu un accident cette même nuit. Il pensait avoir percuté un cerf qu'il ne parvenait pas à retrouver. Et si c'était Kendall ?
À première vue, il semble s'agir d'un simple remake sans originalité des « Douze hommes en colère ». Comme dans le film classique, un homme est accusé de meurtre. Une fois de plus, tous les jurés sont d'accord, à l'exception d'un seul qui doute de sa culpabilité et tente de convaincre les autres. Le point fort du film réside dans le fait que ce juré dissident soupçonne d'avoir lui-même causé la mort de la femme. Bien que cela ne soit pas formellement prouvé, cela suffit à plonger le protagoniste dans un dilemme. Son premier réflexe de se livrer et d'éviter une condamnation est contrarié par son passé d'alcoolique. Personne ne croirait qu'il était sobre au moment des faits. Il doit donc trouver un moyen d'obtenir son acquittement sans que personne ne découvre sa supercherie. Juré N°2 ne raconte pas une histoire inspirée de faits réels. Il s'agit plutôt d'une expérience de pensée, qui aborde également des questions de moralité. Est-il acceptable de détruire la vie d'autrui pour sauver la sienne ? Le fait que cet inconnu ait déjà causé beaucoup de tort et ait même eu recours à la violence change-t-il quelque chose ? Il n'y a pas de réponses faciles, ni pour le protagoniste, ni pour le spectateur, qui est implicitement incité à prendre position. Les spectateurs sont amenés à réfléchir à leur propre réaction dans une telle situation et à ce que signifierait la justice dans un tel cas. Cela peut paraître cérébral, mais c'est en réalité divertissant, voire palpitant. « Juré N°2 » mêle drame et thriller dans un film qui parvient à captiver le spectateur pendant une grande partie de sa durée. Il bénéficie également d'une distribution de premier ordre. Au cœur du film, Nicholas Hoult ( « Nosferatu le Mort-Vivant ») incarne un homme fondamentalement bon et sincère qui doit finalement renier ses convictions pour se sortir de ce pétrin. La fin est un peu précipitée ; certains éléments de l'intrigue sont passés sous silence sans que l'on comprenne vraiment pourquoi. Certaines questions restent également en suspens. Il faut pouvoir passer outre ces défauts, tout comme il faut faire abstraction du manque de crédibilité mentionné précédemment. Si vous y parvenez, vous découvrirez un film qui vous marquera longtemps après le générique de fin.
VERDICT
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La petite polémique déclenchée par American Sniper semble très injustifiée. Car faire un film de guerre ne signifie pas en faire l’apologie mais plutôt la critique. Quand on voit B.Cooper se déshumaniser jusqu’à l’autisme il est clair qu’Eastwood pointe du doigt le monstre froid qu’est devenu cet homme de devoir. Sully est une production multi-couches, une partie film catastrophe, une partie documentaire, une partie (mini) biopic, une partie illustration d'un homme seul face à la machine administrative, et enfin une partie exaltation des nobles valeurs de l'Amérique. « Juré N°2 » semble au premier abord être un drame judiciaire classique, mais révèle ensuite un dilemme moral auquel est confronté un juré. Captivant et stimulant, le film bénéficie d'une distribution de premier ordre.